histoire de l'illustration
   
I - Des origines à 1968 :

Les premières images créées à l'intention des enfants lecteurs apparaissent au XVIIe siècle dans des ouvrages pédagogiques tels que les catéchismes ou les abécédaires .

1756 : Jean-Claude Pellerin, éditeur à Epinal est le premier à se préoccuper de la lisibilité de l'image pour un public en majorité analphabète, il crée l'imagerie d'Epinal qui jusqu’au début du XXe siècle diffusera des feuilles gravées sur bois avec des images disposées en séries.

Les images d’Epinal popularisent les textes et les thèmes littéraires : les Fables de la Fontaine, chansons et folklore, héros du Moyen Age et surtout elle montre sur un ton moralisateur les mésaventures d’enfants “ vicieux ” ou d’adultes méchants.
Rôti-Cochon ou « méthode très facile pour bien apprendre les enfants à lire en latin et en français ». Un abécédaire gourmand du XVIIe siècle.
   
La découverte de l’enfance :
Le philosophe John Locke traduit en français dès 1695 prônait déjà une éducation moins répressive et plus ouverte pour les enfants. Mais c’est Jean-Jacques Rousseau avec l’Emile (1762) qui met l’enfant à la mode et invite à prendre acte de son intelligence et de sa sensibilité particulière.

L’Avènement de la littérature pour enfants :
Au XVIIIe siècle les jeunes lecteurs français des familles aisées peuvent lire les ouvrages illustrés de leurs parents : missels, recueils de psaumes, ouvrages de voyages, chansons de gestes et vie des Saints. Mais c’est d’Angleterre que viendra l’apparition d’une véritable littérature illustrée pour les enfants.
Les voyages de Gulliver de Jonathan Swift ,1726 .

Le XIXe - L’Age d’or du livre illustré :

Le modèle anglais :
En Angleterre, l'imagerie populaire a nourri un courant original et inventif qui inspirera l'illustration du livre pour enfants en Europe. Elle se distingue par le recours fréquent à la lithographie, peu utilisée en France, qui permet de conserver toute la qualité du dessin au trait.
   
J.Tenniel Alice au pays des merveilles de Lewis Carroll.
A.Rackham Alice au pays des merveilles de lewis Carroll

Béatrix Potter, aquarelliste et conteuse, crée "Peter Rabbit" en 1901 pour ses enfants. Il inaugure une représentation de l'animal-enfant, dans lequel le petit lecteur se projette et qui préfigure en France l'arrivée de Babar.

Les premiers éditeurs scolaires :
En France, le mouvement de scolarisation et d'alphabétisation encouragé par la loi Guizot de 1833, permet à de grandes maisons d'éditions de se développer comme Hachette, Mame, Hetzel grâce à l'édition des manuels scolaires.

G.Doré Le pays des fourrures de
Jules Verne .
En 1844 Hetzel, éditeur militant pour une démocratisation de la culture littéraire crée la première collection de fiction pour la jeunesse "le Nouveau magasin des enfants" et la collection des "Voyages extraordinaires" de Jules Verne.
S'il existe une spécificité enfantine, elle se trouve selon Hetzel dans sa capacité à exprimer la part d'imaginaire contenue dans le réel.
Hetzel fait appel aux plus grands artistes et auteurs de son époque .
 


B.Potter Jeannot Lapin

 
Louis Hachette :
En 1857, Louis Hachette, ancien professeur qui a bâti sa maison d'édition en publiant des manuels scolaires, fonde une collection "La Semaine des enfants" où paraissent les "Nouveaux contes de fées" de la comtesse de Ségur, récemment découverte.
G.Doré Nouveaux contes de fées.

Les illustrations de la comtesse de Ségur tendent plus à instruire qu'à faire rêver. L'académisme des images vise à donner un caractère de respectabilité à un genre littéraire encore qualifié, même par son auteur, de "niaiseries".
Parallèlement l'imagerie populaire s'oriente vers les enfants. L'adoption de la lithographie permet à la maison Pellerin d'Epinal de faire appel à des dessinateurs de renom : Job.
Job Les trois couleurs.

L’apparition des albums
A la fin du XIXe siècle, l'éditeur Hetzel crée des albums qui s'adressent désormais aux très jeunes lecteurs.Grâce à deux grands illustrateurs Eugène Froment et Lorenz Froelich, il développe des collections pour les petits. Le style de Froment traduit le caractère d'ingénuité dans lequel l'époque croit reconnaître l'expression de l'enfant.
Chez Lorenz Froelich, au contraire, les illustrations ne montrent pas l'enfant tel que les conventions de l'époque l'imaginent mais un enfant réel car le dessinateur prend sa propre fille Lili pour modèle. Il est un des rares illustrateurs du XIXe siècle à avoir eu l'intuition qu’il était difficile pour un enfant très jeune de lire des images complexes.
Chez lui, l'image est construite à l'aide d'un dessin tremblé, finement hachuré, hérité de la pratique de la gravure sur bois.
L.Froelich Petites sœurs et petites mamans.

Boutet de Montvel est le premier illustrateur français, dans le courant de l'art symboliste, qui tend à la simplification de l'image. Ses illustrations puisent dans le folklore. Il crée des répertoires de jeux, chansons, fables qu'il illustre en utilisant un support plat, écartant les détails, visant la lisibilité et la compréhension. Il apparaît, après les Anglais, comme le créateur d'un langage authentiquement enfantin.


M .Boutet de Monvel, Fables de Lafontaine.

La belle époque : l’essor du genre comique :
C’est aux Etats-Unis et particulièrement dans la presse que l’illustration pour enfant trouva sa dimension. Le rire et la fantaisie prennent le relais de la morale développant une littérature de pur divertissement dont la presse illustrée constitue l'exemple le plus évident. Chaque maison d'édition développe son magazine. C'est la grande époque en France de la Famille Fenouillard et du Sapeur Camember de Christophe.
 
Christophe, Le sapeur Camenber.

Bécassine, la petite servante bretonne des histoires de Pinchon paraît d'abord dans La Semaine de Suzette en 1905. Les Pieds Nickelés paraissent dans la revue L'Epatant en 1908, Bibi Fricotin naît dans Le Petit illustré en 1924.

J.P.Pinchon, Bécassine.
Benjamin Rabier :
Benjamin Rabier, avant d’avoir créé Gédéon en 1923 était aussi à l’origine d’images publicitaires telles que celle de La Vache qui rit. Dans les albums pour enfants, c’est le caricaturiste qui l’emporte pour exprimer le caractère primaire de ses personnages.. Par le découpage des planches, il met en valeur les temps forts du récit ou les différentes phases d’un gag. Il explore les différentes situations entre le texte et l’image parsemant le récit d’images qui alterne avec des illustrations pleine page.

L’enfant-roi de l’après guerre :
Avec la guerre et le bouleversement démographique qu'elle créa, l'enfant rare est aussi enfant-roi. La multiplication des images et des livres qui lui sont consacrés reflète cet intérêt croissant. Dans de nombreux pays psychologues, pédagogues, médecins bâtissent l'éducation nouvelle de l’enfant.
En 1924, création à Paris de la première bibliothèque publique spécialement destinée aux enfants “L’Heure joyeuse” qui a pour mission de développer les rencontres avec le livre et de diversifier les pratiques de lecture.
Les grandes ruptures artistiques du début du siècle bouleversent la vie culturelle, la période Art-Déco est caractérisée par une importante production de livres illustrés. C'est dans ce contexte qu'en 1919 paraît Macao et Cosmage ou l'expérience du bonheur qui prépare l'apparition de l'album moderne.



B.Rabier, Gédéon fait du ski.
 
Edy Legrand, Macao et Cosmage.

Babar ou le point d’orgue d’une époque :
Avec la publication en 1931 d'Histoires de Babar, le petit éléphant de Jean de Brunhoff, l'album pour enfant marque l'aboutissement d'un mouvement historique.
Les livres de Babar sont publiés en grand format dans la revue Le jardin des modes. La page est considérée par l'illustrateur comme le lieu d'un langage global. Brunhoff adopte une écriture cursive qui évite la rupture visuelle entre le texte et l'image. L'originalité de Babar, comme son contemporain Tintin, est d'être devenu plus qu'un personnage de papier, il participe à l'imaginaire collectif.
   

Jean de Brunhoff, Babar et
ce coquin d’Arthur.



Le castor bâtisseur :
En 1931 les albums du Père Castor marquent un tournant décisif dans l'évolution de l'album pour enfants français. S'inspirant du modèle éditorial soviétique, leur créateur Pierre Faucher invente les petits formats, les livres d'activité, les imagiers de qualité, souples et bon marché et propose une éducation progressive du goût et de l'intelligence.
   
Nathalie Parrain , Baba Yaga, ed. Père Castor.
F.Rojankovsky Le royaume de la mer, ed.Père Castor.
St Exupéry : Le Petit prince.
 
Pendant la seconde guerre mondiale, la pénurie de papier entrave la production et durant toute cette période l'édition d'ouvrages pour enfants reste très limitée. Seul Le Petit Prince d’Antoine de Saint Exupéry marque cette période. Publié d'abord à New-York, ce n'est qu'après la Libération en 1945 qu'il est édité en France.

Les années 50 :

L’avènement des séries :
Après la guerre, une des missions assignées au livre pour enfants est de servir la paix et la tolérance en permettant la connaissance des autres. Certains éditeurs travaillent à la création de cette "République universelle de l'enfance".
Vers le milieu des années 1950, on assistera à l'explosion d'une production très commerciale et à l'apparition d'une littérature de série : les Brigitte, Martine ou Caroline.
L'album pris dans les nouvelles contraintes économiques et commerciales exige de l'illustrateur un travail rapide et impose une esthétique spectaculaire, voire "tape à l'oeil" utilisant gros plans et couleurs violentes.


M.Marlier Martine fait du camping.


Samivel, Le joueur de flute de Hamelin, ed. père Castor.

Parallèlement certains éditeurs maintiennent une sélection courageuse qui prépare le lecteur au livre d'adulte et pour laquelle les maisons font appel à des poètes tels que Prévert, Eluard, Desnos, Cocteau.
Jacques Prevert, Contes pour enfants pas sages, illustré par Elsa Henriquez, ed Pré au clerc, 1947

Samivel, passionné d’alpinisme et auteur d’ouvrages pour adultes commence sa carrière dans l’album pour enfants .





PLUGGED creations ©