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histoire de l'illustration |
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II - De 1968 à 1985 :
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Les enfants deviennent des lecteurs à part entière
La conception du livre pour enfants est bouleversée à la fin des années 50 par l’éditeur André Delpire qui entend introduire un sens plastique dans ses albums qui ne se limite pas à l’illustration mais s’applique aussi à la mise en page et s’étend à l’objet livre.
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L’Age d’or des éditeurs-concepteurs :
André Delpire créé en 1967 la collection Actiboms dans laquelle l’image occupe en double page une dimension spectaculaire.
La même année, il publie l’illustrateur américain Maurice Sendak, ouvrant l’édition jeunesse française à l’investigation psychanalytique.
Maurice Sendak, Max et les maximonstres, Delpire, 1967. |
L’expérience bibliophilique de Delpire n’est guère suivie. Cependant, les éditions Adrien Maeght publient une des plus belles réussites plastiques dans le domaine du livre pour enfant contemporain avec Tête à queue de Paul Cox et il faut attendre 1970 pour voir apparaître le magnifique Alphabet de Sonia Delaunay en Italie chez Emme, repris en 1972 à l’école des loisirs.
C’est en 1967 que François Ruy-Vidal, enseignant féru de psychologie, et Harlin Quist, éditeur américain fondent une maison d’édition..
L’illustration devient un instrument de provocation. De jeunes artistes tels que Claude Lapointe, Etienne Delessert, Nicole Claveloux, Patrick Couratin vont alors faire preuve d’une invention graphique éblouissante.
Image 23
François Ruy-Vidal, le petit Poucet, ill. de Claude Lapointe, Grasset-Jeunesse, 1974, p. 20
C’est dans cette riche mais brève éclosion éditoriale des années 70 que l’art de l’illustration des livres pour enfants a pris un formidable essor : Les Editions des Femmes, Syros, Ipomée, Le Sourire qui mord. Ouverts aux nouveaux courants esthétiques, autonomes financièrement, ces éditeurs ont fait bouger le paysage de l’édition illustrée mais, pour des raisons économiques, beaucoup n’ont pu survivre face aux grandes structures.
Issus de cette mouvance, Christian Bruel, fondateur des Editions du Sourire qui mord, a été un grand découvreur de talents graphiques. Militant pour la juxtaposition de nombreux modes de représentations esthétiques, refusant les critères de l’âge, il a réussi à imposer le récit par l’image : « Lire, c’est lire l’image comme partie prenante de la narration ». Le silence des pages oblige les illustrations à s’émanciper du texte.
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Christian Bruel, Les chatouilles, ill. de Anne Bozellec, Le sourire qui mord, 1980. |
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Des Illustrateurs novateurs
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C’est avec l’Alsacien Tomi Ungerer que l’art de l’illustration va totalement s’émanciper du convenu de l’enfance.
Dès 1968, l’école des loisirs publie Les Trois brigands puis Jean de la lune en 1969 et Le Géant de Zéralda en 1971. Le style elliptique et le trait caustique de l’illustrateur aboutissent à un anticonformisme qui scandalise le public français.
Tomi Ungerer, Le géant de Zeralda, l’école des loisirs, 1971, p. 31. |
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La création du prix Loisirs Jeunes en 1972 et l’exposition du Musée des Arts Décoratifs (Paris) en 1973 sur l’illustration dans l’album contemporain consacrent officiellement le caractère artistique du genre.
Dans le même temps, le langage pictural s’impose grâce à Léo Lionni.
Avec Petit bleu et petit jaune, tout en s’appuyant sur un texte-légende, il conquiert l’autonomie du visuel sur le langage et donne une place à la peinture abstraite dans l’album jeunesse.
Il innove aussi dans la technique des papiers découpés avec plusieurs titres.
Différentes collections, aux maquettes conçues pour valoriser un aspect visuel, sont alors créées. En 1972 naît la collection Enfantimages chez l’éditeur Gallimard qui publie des poètes populaires et des écrivains réputés difficiles. Elle sert de banc d’essai à une pléiade d’illustrateurs : Couratin met en images Victor-Hugo avec Choses du soir, Galeron illustre Le Pont de Franz Kafka et La pêche à la baleine de Jacques Prévert.

Jacques Prévert, La pêche à la baleine, ill. de Henri Galeron, Gallimard, 1979, p. 10.
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Leo Lionni : Le rêve d’Albert, l’Ecole des loisirs, 1991.
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L’imagerie surréaliste apparaît un peu plus tard avec des illustrateurs comme Bernard Bonhomme, Kelek, Frédéric Clément. La représentation se fait métaphorique par le recours au collage, aux superpositions évocatrices.
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| Frédéric Clément : Le luthier de Venise, texte de Claude Clément. |
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Un public spécifique : la petite enfance
Au cours des années 70, des collections sont spécialement réalisées pour ce public jusque-là ignoré : petits formats, couleurs vives, grosses typographies.
L’image se fait plus dépouillée. Le dessin de Danièle Bour, aux figures schématiques, devient emblématique de l’illustration.
Claude Lebrun, Petit Ours Brun joue dans la neige, ill. de Danièle Bour, Centurion Jeunesse, 1980, p. 7. |
Les gouaches de Christine Chagnoux rappellent également la peinture naïve : Petit Potam est un Hommage non déguisé au Douanier Rousseau.
Christine Chagnoux, Petit Potam, Dargaud, 1972, p. 14. |
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L’influence de l’art moderne est également sensible dans les formes que donne Dick Bruna à Petit Lapin (1970). Les gouaches de ses mini-albums forment une juxtaposition d’applats aux couleurs saturées.
Dick Bruna, Petit Lapin, Fernand Nathan, 1970, p. 5.
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L’importance de la sensibilité visuelle pour la petite enfance se manifeste aussi chez les éditeurs scolaires : Larousse publie ainsi en 1977 les Alphabets d’Agnès Rosenstiehl qui s’inscrivent dans cette logique d’un éveil artistique dès le plus jeune âge.
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Image de l'Abécédaire de Sonia Delaunay publié à l'Ecole des loisirs en 1972 |
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